L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

"Temps d’arrêt" de Jean-Pierre Morin par Myriam Moreau

"Temps d’arrêt", Jean-Pierre Morin, 2006, Parc Molson (Photographie de Myriam Moreau)

"Temps d’arrêt", Jean-Pierre Morin, 2006, Parc Molson (Photographie de Myriam Moreau)

C’est dans le parc Molson de l’arrondissement Rosemont-La Petite Patrie que Jean-Pierre Morin nous propose sa sculpture d’aluminium et d’acier Corten, « Temps d’arrêt ». Tout en étant une proposition fondamentalement sculpturale, elle offre une expérience concrète et physique au spectateur en s’infiltrant dans l’espace public. Comment une œuvre paraissant strictement sculpturale tel que « Temps d’arrêt » de Jean-Pierre Morin peut malgré tout afficher un caractère interdisciplinaire? Nous éluciderons cette question en s’attardant aux aspects de la création, de la diffusion et de la réception de l’œuvre.

Tout d’abord, l’œuvre de Jean-Pierre Morin se distingue par l’intégration de matériaux industriels. L’aluminium et l’acier Corten sont souvent privilégiés dans le domaine manufacturier et dans celui de la construction pour leur résistance aux intempéries. Dans le cas de « Temps d’arrêt », nous constatons un détournement de la fonction usuelle des matériaux. Ces métaux sont habituellement choisis pour produire des objets utilitaires. Ce n’est toutefois pas le cas de la sculpture de Jean-Pierre Morin. Par son processus de création qui requiert des matériaux de construction résistants et durables ainsi que des techniques de travail spécialisées liés à ces matériaux tel que la soudure, nous pouvons dénoter un affranchissement du métier. [1]

Dans le même ordre d’idées, la diffusion de la sculpture de Jean-Pierre Morin s’affranchit du musée. Cette combinaison provoque une indécidabilité dans l’œuvre comme nous l’explique Patrice Loubier.[2] « Temps d’arrêt » se situe à la rencontre des nombreux sentiers qui sillonne le parc. Elle fait office de point de repère et de point de rassemblement.  D’une part, « Temps d’arrêt » s’intègre dans le lieu par les formes organiques de l’aluminium qui rappelle les branches et la verticalité de la base qui rappelle les troncs d’arbres. D’autres parts, l’œuvre fait irruption dans le lieu en opposant ces matériaux industriels au côté naturel du parc.

En outre, la lecture que nous faisons de l’œuvre est influencée par l’espace public dans lequel elle se situe. La sculpture s’expérimente, se vit, se côtoie. Elle n’est donc plus mise au rang d’œuvre d’art intouchable. Elle devient accessible. Elle interpelle notre corps par notre interaction avec elle et sa dimension imposante. Nous pouvons également sentir que la sculpture est confinée ou entourée par le parc comme le parc l’est par la ville.

En somme, il est intéressant d’expérimenter une œuvre d’art public. « Temps d’arrêt » nous invite véritablement à prendre une pause en s’imposant au milieu du chemin. Elle nous amène à lever les yeux pour l’observer et par le fait même porter attention au paysage qui nous entoure. Ces branches d’aluminium tronquées et confinées proposent une belle réflexion sur le parc lui-même; sur la façon dont il contribue à l’interdisciplinarité de la sculpture. Il serait étonnant de voir la lecture que nous ferions de cette œuvre si elle se situait dans un lieu différent et la façon dont s’établirait le dialogue avec les matériaux.


[1] Patrice Loubier, « Embuscade et raccourcis » dans L’indécidable, écarts et déplacements de l’art actuel, sous la direction de Thérèse St-Gelais, Montréal, Éditions Esses, 2008, p.53-65.

[2] Ibid.


Bibliographie

Livre :

Loubier, Patrice,  « Embuscade et raccourcis »  dans L’indécidable, écarts et déplacements de l’art actuel,
sous la direction de Thérèse St-Gelais, Montréal, Éditions Esses, 2008, p.53-65.

Site Internet :

Ville de Montréal,  Depliant_temps_arret.pdf  http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/arr_ros_fr/media/documents
/Depliant_temps_arret.pdf
visité le 12 octobre 2009

Vile de Montréal, Ville de Montréal- Art public – Inauguration d’une œuvre d’art 
http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,3897227&_dad=portal&_schema=PORTAL
visité le 12 octobre 2009

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2 Commentaires»

  Steve Berthiaume wrote @

J’habite vraiment tout à côté de la sculpture de l’artiste Jean-Pierre Morin et l’analyse de Myriam Moreau m’a permit d’avoir un instant de réflexion sur un objet qu’on ne remarque malheureusement plus. Non pas par désintéressement, mais je crois que l’oeuvre s’intègre, malgré son volume, d’une façon subtile et paisible. Elle nous «accompagne» dans la quiétude du parc. Le contraste entre les deux surfaces métallisées crée une sorte de vombrissement optique intéressant.

  Gabriel Lalonde Savage wrote @

Je me permet de citer ton propre texte puisque je trouve les mots très justes:

«La sculpture s’expérimente, se vit, se côtoie. [...] Elle devient accessible. Elle interpelle notre corps par notre interaction avec elle et sa dimension imposante. Nous pouvons également sentir que la sculpture est confinée ou entourée par le parc comme le parc l’est par la ville.»

Je trouve que les œuvres de Morin se ressemblent toutes et ne semblent pas créées en rapport au contexte ou au lieu. On reconnaît son style, son propos. Ce qui la rend intéressante, c’est sa capacité de marquer l’espace et la mémoire. D’identifier un lieu et d’y établir un marquage, un rapport avec le corps.


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