L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

Linda Covit : Caesura par Maude Godbout

Linda Covit, Caesura, 1991 (Crédit photo : Marc Cramer)

Pour réaliser cette analyse d’œuvre publique, j’ai choisi l’installation de Linda Covit Caesura, qui est située au Parc Jarry. Malheureusement, l’œuvre est présentement en restauration. Je ferai donc cette analyse en me basant sur les souvenirs que je garde de cette œuvre que j’ai pu admirer il y a quelques mois. Cette installation de Covit, composée d’acier inoxydable, de granit, de laiton, intègre divers éléments, comme la commémoration, qui dévoile la particularité interdisciplinaire de l’œuvre. Il serait intéressant au cours de cette analyse, de voir de quelle manière la démarche entreprise par le Comité régional intersyndical de Montréal,  avant la production de Caesura, joue sur la réception de l’œuvre auprès du public. J’étudierai l’installation de Covit sous les aspects de création et de diffusion, et je me référai également à la notion d’intégration.

D’abord, il est important et intéressant de connaître la démarche, le processus de création d’une œuvre contemporaine et plus particulièrement dans le cas de Caesura de l’artiste Linda Covit. Ce qu’il faut savoir à la base, c’est qu’en 1988, «  dans un geste symbolique, les enfants de la région de Montréal se départissent de quelque 12 700 jouets de guerre »1. Ces jouets sont tous collectionnés par le Comité régional intersyndical de Montréal qui les remet par la suite à la Ville de Montréal. Puis, par la suite, le Conseil de la Sculpture et le collectif Pacijou lancent l’idée d’utiliser ces 12 700 jouets de guerre pour la production d’une œuvre d’art publique ayant pour thématique la paix.

L’idée originale, la contrainte de l’intégration de ces objets usuels dans l’œuvre ne sont pas de l’intention de Covit. Un appel de dossiers est organisé et on attend des propositions d’œuvres d’art public qui intègre la contrainte d’une manière brillante.

De plus, si un spectateur, un public initié, n’avait pas accès à cette information majeure du processus de création de Caesura, il n’en ferait sûrement par la même interprétation. Quand je me suis retrouvée pour la première fois au Parc Jarry, face à l’installation de Covit, l’ouverture créée par les deux parois d’acier m’a surtout fait pensé à une brèche, à une rupture entre deux époques, ou deux mondes. L’intégration d’objets usuels, des jouets de guerre, aurait pu me faire réfléchir sur le passage de l’enfance à l’adolescence. La violence s’imposait de façon évidente par la nature des jouets. On peut sentir un déchirement, même dans le titre de l’œuvre (Caesura réfère à une interruption dans plusieurs langues2). Toutefois, sans connaître la démarche entreprise en 1988, je pouvais facilement, comme n’importe quel spectateur,  passer à côté du sens premier que devait avoir l’œuvre de Linda Covit, soit un travail dédié à la paix.

Ensuite, dans un autre ordre d’idées, le fait que Caesura soit une œuvre d’art publique, installée dans un parc aussi fréquenté que le Parc Jarry, n’est pas banal. L’espace de diffusion de l’œuvre publique est accessible à tous. On n’est pas forcé d’entrer dans un espace fermé, comme le musée pour en faire l’expérience,  pour en faire l’observation. Le musée aseptise souvent l’œuvre. Toutefois, il ne faut pas oublier que des milliers d’enfants ont contribué, sans le savoir à l’origine, à la création de cette installation. Ils se sont départis de leurs jouets de guerre. Linda Covit, les a coulé et les a intégré à son œuvre. Une œuvre produite (en partie) par le public se doit, enfin je crois, d’être diffusée publiquement, au dehors des murs de l’institution.

Le cadre d’un parc se trouve également approprié puisque les gens s’y retrouvent principalement, surtout les enfants pour le divertissement, le jeu. Non pas que Caesura soit une œuvre d’art au sujet futile, mais plutôt qu’elle peut interpeller le spectateur sur sa propre place à prendre dans le monde, sur son propre jugement moral. Linda Covit dédie cette œuvre à la paix, mais également à « Aung San Suu Kyi (Prix Nobel de la paix en 1991) et à tous ceux et celles qui sont engagés dans la poursuite de la paix.»3. L’artiste intègre ici un caractère interdisciplinaire à son installation. Elle traduit la sculpture commémorative et traditionnelle, en une installation contemporaine.

En somme, Linda Covit a travaillé son installation à partir d’objets à intégrer et d’une thématique imposée par la Ville de Montréal. Une démarche était déjà pré-établie. Si le spectateur n’en est pas informé, sa réception ou son interprétation peut diverger légèrement. Toutefois, l’espace de diffusion, en l’occurrence le Parc Jarry, vient préciser la signification.  L’installation, avec ses deux parois d’acier, dans ce lieu dirige le public davantage vers une opposition entre le jeu et la guerre. Il serait intéressant de voir comment d’autres artistes, ceux qui ont déposé un dossier, auraient intégrés les jouets de guerre pour le même projet d’œuvre d’art public.

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