L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

Yves Trudeau: Le Phare du Cosmos par Jacinthe Chevalier

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C’est sur l’île Sainte-Hélène, au parc Jean Drapeau ici à Montréal, que l’on peut encore observer l’œuvre du sculpteur Yves Trudeau intitulée Le Phare du Cosmos. Il s’agit d’une sculpture en acier de couleur bleue s’apparentant à une forme de robot : elle se compose d’une tête, d’un tronc et de pattes. Spécialement conçue pour l’Expo 67, la pièce est non seulement une sculpture, mais a aussi été une forme mouvante et sonore avant qu’on procède à sa « remise en état » il y a quelques années. Cette dernière procédure nous intéresse particulièrement. Comment la restauration de l’oeuvre Le phare du cosmos, faite en 1991, va à l’encontre de l’intégrité de la sculpture initiale et de son interdisciplinarité? Pour répondre à cette question nous étudierons cette interdisciplinarité mais aussi quelques notions de représentation, soit la simulation et l’appropriation et nous finirons avec l’aspect de diffusion de l’œuvre.

Tout d’abord, on peut parler d’interdisciplinarité dans l’œuvre si on regarde la sculpture comme une machine construite à la manière d’une structure de pont ou de d’autres structures importantes d’acier. La structure conçue pour être mobile, avec ses mouvements du tronc et de la tête, peut nous rappeler facilement certains appareils de machinerie lourde en plein travaux. En ce sens, l’œuvre de Trudeau offre une combinaison de la sculpture associée avec le mouvement et le son. Le mécanisme demande des connaissances autres que seulement artistiques pour permettre les mouvements du tronc et de la tête du personnage ainsi que pour les sons sortant de petites boîtes situées à la base de la pièce.

On peut parler également de simulation du robot. Celui-ci est construit pour bouger à l’aide d’un système de rotation au niveau de la tête et du tronc. Il se fait également entendre par des sons appelés « bruits cosmiques ». Malgré ces quelques caractéristiques de robot, nous savons qu’il n’en est pas un mais qu’il s’agit bien d’une sculpture représentant le robot. Par ailleurs, on ne peut pas dire que ce gros jouet au visage sympathique n’est pas tout à fait un robot non plus. Il serait vrai de dire alors qu’il y a appropriation du robot, qui adopte plusieurs positions différente dans le temps. Ses rotations s’approprient de la mécanique. On voit aussi dans sa construction et sa structure, une certaine similitude avec le pont Jacques Cartier, situé à proximité.

Enfin, l’œuvre étant dans un parc, nous sortons des portes du musée pour diffuser l’art dans l’environnement dont il fait partie. Cependant, le milieu dans lequel l’œuvre a été imaginée et son époque propre sont aujourd’hui très différents. Autrefois, elle se fondait dans l’univers innovateur de l’Expo ‘67, aujourd’hui elle se trouve dans le parc, entourée de la nature, loin de ce monde effervescent des années ‘60. L’œuvre n’est donc qu’une trace, un souvenir, de cet évènement du passé. De plus, avec ce mode de diffusion, l’artiste n’a pas vraiment d’emprise sur ce que peut subir son œuvre au fil du temps :  vandalisme par les gens, usure par la température, rouille, peinture…

L’œuvre, bien qu’elle représente néanmoins encore une image de robot, n’est plus entière. Plusieurs composantes qui constituaient son interdisciplinarité sont aujourd’hui manquantes. En effet, depuis la restauration de la pièce en 1991, les parties constituant l’œuvre sont soudées mettant fin au mouvement que nous avons traité plus tôt. Le système permettant la partie sonore est lui aussi hors d’usage maintenant. C’est pourquoi il est possible d’affirmer que la restauration de l’oeuvre Le phare du cosmos, va bel et bien à l’encontre de l’intégrité de la sculpture initiale et de son interdisciplinarité tels qu’imaginée par Yves Trudeau en 1967. Nous pouvons même aller jusqu’à se questionner sur l’importance de conserver cette sculpture dont le sens est grandement affecté par l’époque et dont plusieurs composantes importantes sont, de toute façon, retirées.

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3 commentaires»

  pratiquesactuelles wrote @

Cette sculpture nous fait penser à quelque chose se rapprochant de la statuaire géante, du figuratif en même temps que de l’abstrait, à un personnage de grande dimension des théâtres populaires de marionnettes géantes en plein air. Fixée au sol comme un totem, l’oeuvre rappelle également quelque chose de tribal, un mélange de zoomorphisme et d’anthropomorphisme.L’idée du mouvement était probablement, d’un point de vue technique difficile à réaliser quant à l’entretien des rouages mécaniques telles que l’on connaît les intempéries de notre climat, et, l’effort pour faire un suivit qui aurait demander patience, régularité et minutie n’ a pas été à l’évidence réalisé. Dommage.
Julie Grégoire

  pratiquesactuelles wrote @

Je suis heureux d’apprendre l’existence de cette oeuvre!
Dommage que des contraintes budgétaires et des décisions bureaucratiques l’aient , à tout jamais, paralysée.
Il semble en être de même pour le Cube en face du palais de justice que l’on ne voit plus s’activer..

Je crois que le Québec devrait revoir ses politiques de 1% et prendre en compte le vieillissement des oeuvres soumises. Je ne suis pas contre les composantes mécaniques d’une oeuvre, je crois d’ailleurs qu’elles aident à stimuler le regard des passants (ce qui est avant tout, le but d’une oeuvre publique).
Sauf que je me désole de voir qu’on sacrifie le mouvement d’une structure aux profits d’une rentabilité d’entretient.
Peut-être que ces d’oeuvres devrait être entreposées et puis ressorties l’été venu. Le vieux port pourrait bénéficier d’une nouvelle présence à chaque été, ça serait agréable!

Charles-Antoine Blais Métivier

  Jacinthe Chevalier wrote @

Ça coûterait pas mal de sous d’installer pour ensuite remiser, pour ensuite remettre, etc. Ça doit être vraiment très lourd! En plus d’être très imposant. Je me dis par contre que si l’œuvre a su garder toutes ses caractéristiques durant 20 ans, la restaurer correctement en 1991 aurait coûté plus cher que de souder le tout mais aurait pu tenir bon un autre 20 ans peut-être. Je trouve ça plutôt triste.

Avant de faire ce texte, j’avais souvent vu cette œuvre lors de promenades là-bas (ce n’est pas au vieux port en passant, c’est dans le parc Jean Drapeau). Je n’avais jamais vraiment réalisé qu’il manquait quelque chose. En ce sens, je crois donc que l’œuvre peut très bien être appréciée encore malgré son mutisme et son immobilité.

Mais…

Jacinthe Chevalier


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