L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

Michel Goulet «Nulle-Part / Ailleurs» par Marie-Pierre Bernier

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Photographie de Marie-Pierre Bernier

 

La promenade du Lac-des-Nations est un sentier de plaisance où citoyens et touristes, piétons et cyclistes sont conviés à profiter de la nature et de la culture au cœur de la ville de Sherbrooke. Des travaux d’aménagement et de prolongement du sentier ont été réalisés entre l’an 2000 et 2005, incluant un important aménagement paysager ainsi que l’installation de deux œuvres d’art publiques. L’une d’entre elles, Nulle-part / Ailleurs du sculpteur Michel Goulet, créée en collaboration avec l’auteur Luc LaRochelle, a d’abord été présentée au Musée des beaux-arts de Sherbrooke en 2002 avant d’être réinstallée aux abords du Lac-des-Nations. L’œuvre consiste en vingt chaises des plus uniques faites d’acier galvanisé peint en gris et dont les phrases poétiques de Luc LaRochelle sont découpées dans chaque siège. L’œuvre interdisciplinaire met donc en relation la sculpture, la littérature, l’environnement et la fonction usuelle. J’étudierai dans cette analyse, à travers les notions d’intégration, de répétition et d’indécidabilité, de quelle manière l’ « affranchissement du musée »  joue un rôle sur la signification de l’œuvre Nulle-Part / Ailleurs de Michel Goulet.

L’intégration de chaises à une œuvre publique a son côté pratique. « Les promeneurs peuvent l’admirer, s’y reposer, faire un brin de lecture ou de causette .»  Il y a d’ailleurs davantage de places disponibles que sur un banc de parc. Pourtant, un détournement est causé par la simple raison que les gens soient conscients qu’il s’agit là d’une œuvre d’art. Il manque un dossier à certaines chaises et des textes perforent les sièges. Ces éléments font en sorte d’altérer la perception des passants face aux chaises. Quoi qu’il en soit, Nulle-Part / Ailleurs n’a étonnamment jamais été l’objet de vandalisme, et cela est peut-être dû au fait que les jeunes, eux, reconnaissent avant tout son côté utilitaire.

La répétition de l’objet utilisé pour constituer l’œuvre crée un effet de rassemblement. Puisqu’on ne peut voir l’ensemble des chaises d’un seul coup d’œil, les visiteurs sont appelés à se déplacer entre elles, à lire les phrases inscrites dessus et à choisir le siège qu’ils désirent pour s’y asseoir et expérimenter l’oeuvre. L’image des chaises regroupées au même endroit, habitées par des gens qui regardent dans la même direction, vers le mont Orford, crée une mise en abîme. À travers les chaises, on devine une communauté, on y voit une salle de spectacle, une salle d’attente, une foule, quoi! Et chaque personne faisant partie de cette foule, chaque chaise a son individualité.

L’expérience de l’indécidabilité de Nulle-Part / Ailleurs s’explique par le fait qu’il y a « franchissement du musée » et par la perception de réalités contradictoires. D’abord, l’insertion de chaises dans un espace public gêne les gens et les rendent perplexes. Ils n’osent pas s’approprier l’oeuvre et préfèrent utiliser les bancs de la ville, alignés au bord du sentier, plutôt que les chaises de Michel Goulet, regroupées sur l’herbe, dos aux passants. Des chaises non utilisées représentent une anomalie dans un parc. Pourtant, le soir venu, des prostituées utilisent l’œuvre comme lieu de rencontre, qui se trouve tout près du centre-ville. Étrange qu’un lieu créé pour la détente devienne le milieu de travail de certains.

Bien que Nulle-Part / Ailleurs de Michel Goulet ait été installée au bord du Lac-des-Nations avec les meilleures intentions, il n’en demeure pas moins que son public modifie inconsciemment sa vocation. Même sans l’avoir anticipée, l’œuvre questionne la place des objets usuels dans les œuvres d’art publiques. Mais est-ce que les objets usuels exposés dans des institutions muséales, là où on ne peut absolument pas faire l’expérimentation de l’œuvre, ne remettent pas davantage en question leur rôle?

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Un commentaire»

  pratiquesactuelles wrote @

Je ne crois pas que l’objet usuel exposé dans une institution muséale metterait d’avantage en question son rôle. Au contraire ! Son rôle est obligatoirement une oeuvre d’art dans un musée en premier lieu vue sa situation, son environnement, et tout les stéréotype  » du cube blanc ». Une oeuvre publique peut apporter plus de questionnements vu son environnement et vu ses caractéristiques relationnels.

Sarah Booth


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