L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

L’oiseau, Jardin Botanique – Jardins des arbustes, Par Karèle Bellavance

Jardin Botanique, Jardin des arbustes. Photo par Karèle Bellavance

Désireux d’agrémenter la devanture du restaurant «  Chez Vito », son propriétaire souhaite y aménager une sculpture de feuilles d’acier. Réalisée par Paul Borduas fils en 1961, cette œuvre s’inspire principalement des dessins de Vittorio, connu pour ses personnages du Festival Juste pour Rire. En 1965, monsieur Vito Vosilla, propriétaire, en fait don au Jardin botanique de Montréal.¹ Mêlée au paysage de verdure, l’œuvre L’Oiseau se retrouve dans le jardin des arbustes. L’interdisciplinarité de la sculpture suppose un dialogue entre le dessin publicitaire, voire caricatural et le métier de sculpteur de grand format, le tout dans son intégration à un jardin national. L’œuvre fait donc appel à plusieurs disciplines qui s’entremêlent pour ainsi créer une homogénéité. Par ses formes stylisées et soudures apparentes, en quoi l’œuvre de Paul Borduas L’Oiseau s’intègre davantage à son nouveau milieu naturel comparativement à sa localisation de départ, soit un commerce offrant des services alimentaires? C’est donc par le biais des notions de la création, de la diffusion et de la réception que je tenterai de répondre à la question.

Maintenant relocalisée dans l’un des plus grands jardins botaniques au monde, l’œuvre L’Oiseau est installée au milieu d’une grande surface de verdure entourée de spécimens de plantes arbustives. Derrière cette œuvre, l’artiste s’efface par l’absence de signature. Aucune plaque indiquant le médium ou l’année de création n’est d’autant plus visible et la facture utilisée n’est pas nécessairement propre à Paul Borduas. L’acier est le métal le plus facile à souder, mais il requiert tout de même un certain savoir-faire par une technique que l’on pourrait définir de général, soit l’utilisation d’un fil à souder pour relier deux extrémités de pièces d’acier. Dans le cas de l’œuvre L’Oiseau, l’artiste a utilisé un fil d’acier de gros calibre pour ainsi révéler des soudures apparentes, non soignées qui inspirent la texture. Paul Borduas s’inspire à la base d’un dessin caricaturale emprunté à Vittorio, il y a donc une transmédiation du dessin et de la technique de soudure vers la sculpture tridimensionnelle qui a pour effet de rendre un certain langage commun. L’installation extérieure emprunte alors plusieurs notions, soit celle du paysage urbain, la sculpture de grand format, le métier de soudeur, voir l’architecture fonctionnaliste où l’on y révèle la structure. L’artiste s’inspire alors d’une diversité disciplinaire et maîtrise alors plusieurs notions.

Lors de l’arrivée dans le Jardin des arbustes, il est difficile de ne pas remarquer cet oiseau de grandeur exagérée au regard curieux et prévenant. Pourtant, son grand format et ses matériaux lourds ne font pas tache au paysage. L’accessibilité y est alors différente. Située dans un parc national public, l’œuvre évoque l’aspect animal dans la nature. Il y a donc intégration du sujet dans son environnement respectif. Les feuilles d’acier soudées de façon apparente et peintes en noir se veulent textures. Ce  matériau, de type industriel, fait contraste avec la floraison et  le coloris des branches des rocailles et des clématites. En effet, ce contraste image bien la position de l’homme face à la nature, soit détruire pour construire. Les animaux ont aussi besoin d’un environnement qui leur est propre mais l’homme les supprime les uns après les autres pour élever des structures d’acier qui deviendront des commerces, des immeubles, des gratte-ciel, etc. La faune se retrouve alors « à la rue ».

La polysémie s’impose. Le sujet est donné et amplifié. En effet, l’oiseau est représenté de manière stylisée et son format y est exagéré pour ainsi rendre compte de la présence animale dans les parcs naturels. Si l’homme ne change pas son comportement, des parcs comme le Jardin Botanique, il y en aura plus. Il y aura donc de grosses conséquences dues au non-respect de la nature, car de prime abord c’est l’herbe qui nous fait respirer. Cette figure d’oiseau géant est présente pour rendre compte aux gens de l’importance de la conservation et du respect de la nature.

De prime abord, l’œuvre était considérée comme décoration ou ornement à la devanture d’un restaurant italien. Il est alors difficile de faire un lien entre l’animal volant et son lieu d’insertion initial. La figure du rat aurait sans doute été plus adéquate. Je m’explique, à travers les stéréotypes des cuisines mal entretenues, celles-ci ont souvent la visite de ces petits rongeurs. Le commerce aurait sans doute perdu ses clients, mais ceci est une problématique à discuter autre qu’ici. Il est donc évident que cette œuvre s’intègre davantage à son milieu actuel. L’oiseau butine les fleurs et chante dans les arbres. L’oiseau est méfiant et curieux. Petit être de nature maintenant représenté en grand format sur une étendue d’herbe infinie, profitant pleinement de son nouveau milieu. L’Oiseau de Paul Borduas est la nouvelle poésie du jardin des arbustes. Il apporte la présence animale que nous ne remarquons pas nécessairement en temps réel lors de nos promenades dans les parcs. Son accessibilité y est différente. Les visiteurs tournent autour, l’enfourchent et prennent des photographies, tandis que devant le restaurant, l’oeuvre devait plutôt être considérée comme statuette. Le Jardin botanique est donc un lieu d’insertion adéquat pour cette œuvre de feuilles d’acier. Je me demande maintenant si une girafe aurait eu le même effet…

Publicités

5 commentaires»

  pratiquesactuelles wrote @

Bonjour Paule, je viens de publier une version très améliorer de mon texte, alors j’aimerais bien que tu me fasses part de tes commentaires. De plus, j’aimerais savoir quel genre de commentaire veux-tu que l’on laisse sur les articles des autres? Merci
Karele.

  pratiquesactuelles wrote @

Chère Karèle,
Cette version est définitivement meilleure!Ton propos est plus clair, ton écriture est fluide et ton interprétation est approfondie. Bravo pour ce bon travail 🙂

Pour les commentaires, il s’agit de courtes réflexions à partir de l’ouverture faite par les auteurs ou encore simplement à partir de leur texte.

Par exemple :
Ce sont bel et bien les oiseaux, qui, comme tu le dis, se retrouvent « à la rue » dans la ville. Alors que l’oeuvre de Borduas porte une réflexion sur son milieu environnant (la ville de Montréal et le jardin), un autre animal, une girafe comme tu le suggérais, aurait donné un tout autre effet, l’animal étant plus exotique qu’habituel. La sculpture aurait révélé une absence plutôt qu’une présence et aurait eu, je crois, un effet plus comique que réflexif.

Paule

  pratiquesactuelles wrote @

J’adore vos exemples, , ils permettent une réflexion efficace et concise. Bref, demain matin je me mets a la lecture de mes confrères. A-t-il une date limite pour la remise des commentaires?

  pratiquesactuelles wrote @

Merci,
Vous avez jusqu’à la fin de la session pour ajouter vos commentaires!
Paule

  L’oiseau venu du froid « Les beautés de Montréal wrote @

[…] L’oiseau, de Paul Borduas, est maintenant installé au cœur du Jardin botanique de Montréal. Pour en savoir plus, cliquez ici. […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :