L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

Pic et Pelle de Germain Bergeron par Janie Julien-Fort

Pic et Pelle

Bergeron, Germain, Pic et Pelle, 1978, métal, Passerelle de la station de métro Monk (Photographie de Janie Julien-Fort)

Dans la station de métro Monk, nous pouvons voir deux sculptures monumentales représentant deux personnages affairés à la tâche. Les sculptures sont des structures de métal orangé faites d’anciens luminaires de rue recyclés mesurant chacune 6,2 mètres.  Cette œuvre se nomme Pic et Pelle et a été réalisée par Germain Bergeron en 1978. Comme ces œuvres sont intégrées à l’architecture du métro de Montréal, nous pouvons considérer qu’elles sont interdisciplinaires puisque l’artiste s’est approprié plusieurs langages. Dans ce texte, je tenterai de résoudre la problématique : comment la représentation des personnages dans l’oeuvre Pic et Pelle de Germain Bergeron contribue à rendre hommage aux ouvriers ayant participé à la construction du métro? J’étudierai cette question en observant les aspects de création, de diffusion et de réception du modèle d’analyse. En premier lieu, je me pencherai sur les stratégies utilisées par l’artiste telles que l’appropriation, l’intégration et la transmédiation pour représenter les personnages. Par la suite, je parlerai de la mise en abîme présente dans le choix du lieu de diffusion. Ensuite, je me pencherai sur l’effet produit par la dimension de l’œuvre et sa disposition sur la réception de celle-ci.

Cette oeuvre a été commandée à Germain Bergeron par l’architecte de la station lors de la construction du métro. On demandait à l’artiste de réaliser une œuvre commémorative pour les ouvriers morts lors de la construction du métro. L’artiste a plutôt décidé de réaliser une œuvre représentant tous les artisans et travailleurs du métro: « Finalement, j’en suis venu à la conclusion que pour réaliser un métro, il faut travailler au pic et à la pelle, selon l’expression québécoise qui signifie travailler de façon très ardue et très laborieuse. C’est ainsi que j’ai proposé au BTM de réaliser ces deux sculptures qui représentent tous les ouvriers qui ont participé à la réalisation du métro. « (1)

L’appropriation d’une expression typiquement québécoise et sa transmédiation en sculpture fait référence à la culture populaire. Il y a également appropriation d’un fait historique dans cette œuvre puisqu’elle s’inspire directement de la construction du métro de Montréal. Des matériaux peu traditionnels sont intégrés tels que les lampadaires. De plus, nous pouvons constater une intégration de véritables outils de construction magnifiés puisque la pelle et le pic dans les mains des personnages sont très réalistes. Bien que l’œuvre soit réalisée à partir de métal et mesure plus de deux étages, une finesse se dégage des personnages par leur forme élancée évoquant le dessin d’observation d’un personnage en action. Elle rappelle les traits dessinés à la sanguine pour représenter les lignes principales du corps. Cette stratégie visuelle met l’accent sur la position des personnages en action et contribue à l’anonymat de ceux-ci. Le pic et la pelle utilisés par ces personnages sont quant à eux très réalistes, ce qui met en évidence les outils. La station de métro Monk est située dans le sud-ouest de la ville en pleins cœurs des quartiers ouvrier. Nous assistons donc ici à une mise en abîme à plusieurs niveaux puisque les ouvriers sont représentés dans un quartier ouvrier. Les sculptures représentent des travailleurs du métro dans le métro que des ouvriers doivent utiliser quotidiennement pour aller travailler. Cette œuvre intégrée dans la passerelle du métro Monk nous oblige à passer entre les deux personnages comme si nous traversions leur chantier. Nous avons soudainement la sensation d’être très petits et vulnérables à leur côté puisqu’il mesure plus de deux étages.

Nous pouvons conclure que, par l’utilisation de différentes stratégies visuelles Germain Bergeron a réussi à rendre un véritable hommage aux travailleurs ayant participé à la construction du métro. L’appropriation d’une expression québécoise dans le titre et la représentation de l’œuvre vient souligner l’ampleur du travail des ouvriers. Le choix de matières recyclées sans noblesse nous ramène à la culture populaire, au métier  d’ouvrier  et à sa classe sociale. La transmédiation du dessin d’observation vers la sculpture et la représentation de véritables outils met en évidence l’action effectuée par les personnages. La mise en abîme présente dans le choix du lieu de diffusion et la dimension de ces œuvres vient glorifier les actions de ces deux hommes à l’ouvrage. Germain Bergeron a réussi à magnifier le simple ouvrier ce qui constitue un grand hommage dans une ville et un quartier où se reflète encore un passé ouvrier pas si lointain. Au fait, pouvons-nous encore considérer le sud-ouest de l’île comme un quartier ouvrier?

(1) STM, « Les artistes du métro de Montréal : Germain Bergeron » Metro, mardi 28 octobre 2003, Canada, 2003, p.9

Bibliographie :

Annexe :

détail de Pic

Figure 1: Bergeron, Germain, Pic et Pelle, 1978, métal, Passerelle de la station de métro Monk (Photographie de Janie Julien-Fort)

détail de Pelle

Figure 2: Bergeron, Germain, Pic et Pelle, 1978, métal, Passerelle de la station de métro Monk (Photographie de Janie Julien-Fort)

Figure 3: Pic et Pelle

Figure 3: Bergeron, Germain, Pic et Pelle, 1978, métal, Passerelle de la station de métro Monk (Photographie de Janie Julien-Fort)

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