L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

Tango de Montréal, Les Industries Perdues. Par Frédérique Ménard-Aubin

Coté gauche de la façade.  photo : Frédérique Ménard-AubinEn 2000, les Industries Perdues, formées de Richard Purdy et François Hébert, ont inauguré l’œuvre Tango de Montréal.  Cette œuvre d’art publique, située à l’extérieur de la station du métro Mont-Royal, a été conçue dans le cadre d’un concours de la Ville de Montréal visant à perpétuer la mémoire du poète Gérald Godin (1938-1994), dont le nom a été attribué à la place publique qui l’entoure.  Cette œuvre d’art publique (7,23m x 7,23m) reprend l’un des poèmes de Godin qui est intégrée dans le mur nord de la maison au 4437, rue Rivard. Elle a été réalisée en argile cuite et en briques avec l’aide de Denis Marcotte, briquetier. L’œuvre d’art finale, Tango de Montréal, s’enrichit donc d’une diversité disciplinaire qui confère au poème de Godin une toute nouvelle perspective sculpturale.  Nous reconnaissons bien que le poème est de l’art, mais qu’en est-il pour l’œuvre des Industries Perdues? En effet, comment pouvons-nous alors saisir que Tango de Montréal, des Industries Perdues, apparaît comme entité artistique englobant le poème de Godin?  Nous éclisseront ce point en se penchant sur le concept de la citation en art visuel ainsi que de sur la stratégie du détournement et de la transmédiation.

D’abord, Tango de Montréal présente, sur un mur adjacent à la station de métro Mont-Royal, un poème de Godin.  Ce choix a été fait par Richard Purdy et François Hébert pour plusieurs raisons dont la longueur et le thème.  Ensuite, il y a eu l’approbation officielle par un comité, dont faisait partie la veuve du poète, Pauline Julien.  Cette citation retrouvée dans Tango de Montréal, réinvestit et réfléchit l’œuvre de Godin en faisait directement référence au métro, au commerce (l’av. Mont-Royal), aux résidents du quartier, et à la religion (le monastère avoisinant).

D’une autre part, les artistes des Industries Perdues ont usé d’une stratégie de détournement.  Ils ont pris le mur de la rue Rivard pour la page d’un livre.  Comme dans plusieurs autres œuvres, le détournement ajoute un nouveau sens et vient enrichir l’objet d’origine par une interprétation sensible.  En effet, Tango de Montréal se présente comme un livre toujours ouvert, comme une œuvre qui se fusionne avec le peuple et le rythme urbain.

 Vue de face.  photo : Frédérique Ménard-Aubin

Ensuite, la transmédiation du poème de Godin s’effectue dans l’adaptation de l’art poétique à l’art sculptural.  Un dialogue s’installe entre l’écriture (les pensées poétiques) et la marque, la trace dans l’argile et la brique.  L’inscription des mots sur la façade du mur connote le poème sur les thèmes du passé et de la mémoire.  La lecture de l’œuvre se fait donc à deux niveaux ; celle de l’œuvre originale et celle de la réécriture faite par les Industries Perdues.

En bref, les Industries Perdues détournent le mur du bloc appartement en une page de livre en plus d’y proposer une relecture du poème de Godin sous un format sculptural.  Certes, cette fine stratégie de réalisation d’une œuvre d’art publique commémorative, utilisant la citation, laisse probablement certains montréalais dans l’ignorance, ne  réalisant pas que ce mur est une œuvre d’art à part entière.  Mais quelle est l’importance de réaliser que Tango de Montréal des Industries Perdues est une œuvre d’art, si sont rôle, déjà bien rempli, est de commémorer l’œuvre de Gérald Godin?

Médiagraphie 

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3 commentaires»

  pratiquesactuelles wrote @

Il y a deux ans des grands panneaux étaient installés devant le métro Mont-Royal pour laisser la place aux gens qui font du grafitti. Les panneaux se remplissaient au fil des jours par d’immenses  »tags ». Peut être que cette oeuvre en arrière plan précédait quelque part cette idée? Ton idée du livre ouvert aux passant, rythmant la ville est très intéressante. Je crois que d’ouvrir les murs à l’art est une réponse magnifique à notre besoin d’enchanter notre environnement et aussi pour le renouvellement de notre  »livre social » qui est actuellement presque exclusivement occupé par la publicité…

  pratiquesactuelles wrote @

Élise Provencher

  Stéphanie Laurin wrote @

Je trouve cette oeuvre très intéressante, tu as bien démontré en quoi l’utilisation de matériaux sculpturaux tels que la brique et l’argile effectuent une relecture du poème de Godin. Certes, en imbriquant ainsi les mots à même la surface du mur, l’oeuvre est plus subtile et peut passer innaperçue, mais en même temps elle s’inscrit dans la mémoire du lieu en tant qu’écriture intemporelle.

Stéphanie Laurin


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