L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

Melvin Charney Gratte-ciel, cascades d’eau/rues, ruisseaux…une construction, par Julie Dumas

Au parc Émilie-Gamelin, l’art s’est fait une place dans le paysage urbain. Depuis 19921, une oeuvre de Melvin Charney trône au centre-ville. Aussi étrange que cela puisse paraître, il m’a fallu un travail scolaire pour réellement m’attarder à cette grande structure. Voilà bien la preuve que l’art sait parfois se perdre dans son environnement. Du haut de ses trois tours de 17 mètres de haut et de ses caniveaux de 8 à 32 mètres, la sculpture ne passe pourtant pas inaperçue. Sa massive structure d’acier et de béton rappelle d’ailleurs assez bien au spectateur la froideur des constructions urbaines. Pourtant, l’intention de l’artistesemble être plus que de l’aménagement paysager . Les canaux,symbole même de l’eau, sont présents justement pour faire le lien entre l’urbanité et le rural. C’est d’ailleurs autour de la question de cette frontière entre la dualité et le rapprochement que sera articulée cette analyse. Nous nous attarderons à déterminer en quoi le caractère interdisciplinaire de la conception nous amène à considérer l’oeuvre au-delà de sa forme sculpturale. Nous examinerons donc cela sous trois angles différents; soit la création, la diffusion et la réception.Maintenant, il est temps de rendre à Gratte-ciel, cascades d’eau/rues, ruisseau..une construction ses lettres de noblesse.

En premier lieu, mentionnons que l’oeuvre de Charney se voulait une commande pour la ville de Montréal et qu’en cela, l’artiste a habilement réussi à se détourner des contraintes propres aux lieux publics en amenant le spectateur à percevoir l’oeuvre comme autre chose qu’une simple décoration. Le projet fut créé pour un emplacement fort particulier, celui du centre-ville, un point très représentatif de l’effervescence de l’activité humaine. Les matériaux choisis sont ceux du domaine de la construction donc n’appellent pas la poésie au premier abord, mais leur usage est transformé par l’agencement de la création. Il est intéressant de constater que plutôt que de se fondre dans le lieu et d’un peu nier sa propre existence, l’oeuvre assume totalement sa masse, encourage même la pente du terrain par la présence de ses digues. La construction d’acier illustre sans équivoque les nombreux édifices environnants, avec ses lignes nettes, ses innombrables fenêtres. Il y a interdisciplinarité, puisque l’aspect architectural est palpable. Le thème de la nature y est également présent dans la base de la structure. En ce sens, l’écologie y a sa place, par l’évocation du Mont-Royal.

En deuxième lieu, la notion de la diffusion ici est un concept si méditatif qu’il ne peut qu’être une démonstration du métissage disciplinaire. C’est-à-dire que les clés de compréhension de l’oeuvre ne nous sont pas toutes données, il faut s’attarder à cette pièce, comme on le ferait devant tout paysage.

Cela demande au spectateur une attention particulière.

Comme l’écrivait Patrice Loubier dans Embuscades et raccourcis,en s’attardant aux oeuvres interdisciplinaires:  ».Dans tous ces projets,on le constate, l’objet prend place sans médiation ni signalétique artistique, mais il tend aussi à se fondre dans son milieu comme pour atténuer son intrusion.  »2 Cette théorie est intéressante, puisqu’elle souligne que l’interdisciplinarité n’est pas qu’un amas éclatant de différents artifices artistiques. Et qu’une oeuvre de cet acabit joue de génie lorsqu’elle réussit à s’insérer dans un milieu sans toutefois s’y fondre totalement.

Cela nous mène donc au troisième point, celui de la réception de l’oeuvre. Comme mentionné précédemment, l’observateur conçoit à l’oeuvre une forte portée urbaniste. Il réalise que ces matériaux de fabrication réfèrent à l’aspect tactile de la ville, alors que la pente et les évocations plus naturelles des formes nous mènent à une facette plus environnementale. Dans les deux cas, le paysage est la trame, et on peut y comprendre la dualité entre l’industrialisation et la nature, au sens où l’homme conquérant tente continuellement de se prouver son contrôle sur l’environnement. Tel que mentionné par Sylvie Parent, critique d’art, la notion de transformation prime véritablement dans cette installation de Charney.3

C’est un peu le jeu du chasseur et de la proie, à savoir qui sera vainqueur et dominera le terrain. Il y a donc confrontation, mais également fusion entre les différents éléments. D’ailleurs, il est impossible de séparer les différentes composantes de l’oeuvre. Cela en fait donc une pièce vibrante d’unicité interdisciplinaire.

En conclusion, il va de soi qu’une installation telle que Gratte-ciel, cascades d’eau/rues, ruisseau..une construction figure dans un environnement particulièrement favorable à son appréciation. Si elle comporte de nombreux repères paysagers ( le concept de la cascade, du ruissellement, des montagnes) ses assises sont ancrées dans une conception nouvelle de l’espace urbain. Melvin Charney nous indique avec cette création une façon différente de concevoir nos rapports avec la nature. Le titre dit beaucoup à ce sujet. » Une construction ».. Cela est fort révélateur de nos façons de concevoir le monde, de bâtir, mais peut être également perçu comme une ouverture sur la construction propre à chaque individu, sur les bâtiments que sont nos propres vies au sein des structures dans lesquelles nous évoluons. Gratte-ciel, cascades d’eau/rues, ruisseau..une construction à l’image de l’humain?

Bibliographie

1Ville de Montréal,L’art public à Montréal, la collection municipale,http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,1154690&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=348, consulté le 5 octobre 2009

2Loubier Patrice,Embuscades et raccourcis, formes de l’indécidable dans l’art d’intervention contemporain.2008

3Parent, Sylvie, Centre international d’art contemporain de MontréalPROMENADES · L’ART DANS LA VILLE , Les Arts du Maurier Melvin Charney,http://www.ciac.ca/en/expos-prom-charney.html, consulté le 5 octobre 2009

melvincharney

Melvin Charney

Gratte-ciel, cascades d’eau/rues, ruisseaux…une construction

Acier inoxydable; béton; béton préfabriqué; granit noir «Atlantic black» de la région de Mégantic

17 m de hauteur,8 à 32 mètres de longueur.

1992

Photographie de Julie Dumas

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2 commentaires»

  pratiquesactuelles wrote @

Par Josiane Saumure

Il est vrai que l’on prend parfois peu de temps pour visiter des œuvres qui sont, pourtant, presque visible de nos fenêtres. Je n’avais pas non plus eue l’occasion d’y jeter un coup d’œil, même si j’ai souvent passé distraitement devant.

Pour ce qui est de l’œuvre en tant que telle, il est vrai qu’elle s’impose d’office comme étant urbaniste. L’autre aspect qui m’interpelle est le fait qu’elle semble, comme beaucoup d’autres structures urbaines, inachevée: carrément laissée à l’abandon une fois le travail entamé. Ce n’est pas sans rappeler un certain scandale qui nous est proche à l’UQÀM…

  pratiquesactuelles wrote @

Je suis en parfait accord avec le commentaire de Josiane par rapport au fait que l’oeuvre semble inachvée et laissée à l’abandon. Étrangement, même si je la voyais également presque à tous les jours, je n’ai jamais considéré ces structures comme oeuvres d’arts car justement elle me semblait être que d’étranges structures de métal. Par contre, après avoir fait le lien entre les dualités dont tu parles dans le texte : « Il réalise que ces matériaux de fabrication réfèrent à l’aspect tactile de la ville, alors que la pente et les évocations plus naturelles des formes nous mènent à une facette plus environnementale. Dans les deux cas, le paysage est la trame, et on peut y comprendre la dualité entre l’industrialisation et la nature, au sens où l’homme conquérant tente continuellement de se prouver son contrôle sur l’environnement.», je crois que c’est l’emplacement parfait, le parc parfait pour cette installation car il semble être un des parc les moins chaleureux de la ville de Montréal avec son pauvre pourcentage de verdure. C’est peut-être pour cette raison que je ne portais pas particulièrement attention à cette oeuvre. Elle y est alors parfaitement intégrée à l’espace public.

Merci 🙂

Priscilla Leclaire


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