L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

· LE DÉJEUNER SUR L’HERBE DE DOMINIQUE ROLLAND, par Sandrine Côté

DSC_0197Photographie : Sandrine Côté

Réalisée dans le cadre du 2e Salon International de la Sculpture d’Extérieure de Montréal, exposée, tout d’abord, au Vieux-Port en 1994, puis déménagée et installée définitivement à Lachine, dans le Parc René-Lévesque, l’installation de Dominique Rolland s’inscrit dans une série de citations (Monet (1885), Cézanne (1870), Picasso (1961), Alain Jacquet (1964-1989), Gilbert Shelton (1972), Malcom Mac Laren (1980), Anthony Caro (1989), Jean-Claude Belegou (2001-2004) Pepe Smith (2003), Wifipicning Project (2003))[1] de la célèbre scène d’Édouard Manet  Le Déjeuner sur l’herbe, peinte en 1862.  En plus de l’importante réflexion historique que cette installation sculpturale suscite, Rolland mêle, à travers celle-ci, par l’exploration des formats des éléments de granit, de pierre et de bronze qui composent l’œuvre, les langages architecturaux et théâtraux. De quelles manières (stratégies) Dominique Rolland détourne-t-il, dans son installation  Le Déjeuner sur l’herbe, le rapport frontal du spectateur de l’œuvre citée? Cette analyse sera dévellopée autour des notions de transmédiation et de théâtralité[2].

À prime abord, à travers cette installation sculpturale, Dominique Rolland cite l’œuvre de Manet, en se réappropriant le titre intégral du tableau, ainsi qu’en reconstituant l’univers de Le Déjeuner sur l’herbe par la juxtaposition d’éléments sculpturaux propres à un repas champêtre (une serviette à carreaux, un morceau de fromage, une baguette de pain, une assiette, une bouteille de vin entamée et son bouchon, un chien, une balle et un soulier abandonné). Rolland transpose ce thème pictural propre aux œuvres impressionnistes du XIXe siècle à un espace tridimentionnel. Il crée, à travers cette « adaptation transmédiatique »[3] de l’œuvre de Manet, un nouveau dialogue quant à la réception de l’œuvre puisque le spectateur devient, à travers celle-ci, véritable convive au repas qui lui est présenté plutôt que simple observateur.

En second lieu, contrairement au Le Déjeuner sur l’herbe  de Manet, Rolland, dans son installation, dirige davantage l’attention sur les composantes du repas , telles qu’énoncées précédemment, plutôt que sur les convives. Par à cette énumération d’objets inanimés, l’œuvre se présente sous la forme des natures mortes. Néanmoins, l’intégration de l’œuvre à l’espace public du parc permet d’interpréter les composantes sculpturales en tant que divers objets abandonnés lors d’un pique-nique plutôt qu’un exercice axé uniquement sur l’importance de la composition et de la représentation, ce qui allouant à l’œuvre, par le fait même, un caractère vivant et authentique[4].

 Le Déjeuner sur l’herbe  de Rolland se distingue aussi par l’exploration et la variation des formats des composantes sculpturales du repas. Chacun des éléments a été reproduit à plus grande échelle que leurs dimensions réelles, de sorte que les proportions des uns sont sans correspondance avec celles des autres. Ce jeu sur l’augmentation des dimensions confère à l’installation une théatralité, où l’identité de chaque composante, par son format parfois surdimentionné (entre autres,  la bouteille de vin de plus de trois mètres de hauteur) s’efface pour laisser place à différentes formes qui entrent en relation les unes avec les autres et qui viennent structurer l’espace à travers lequel le spectateur se déplace. Celui-ci peut alors être considéré comme un acteur mouvant à travers le décor d’une scène théâtrale4.

En somme, l’adaptation transmédiatique de l’œuvre Le Déjeuner sur l’herbe de Manet par Dominique Rolland, la théâtralité provoquée par le jeu d’échelle et l’intégration à un lieu public qui contrecarre l’inertie des composantes de l’installation détournent la réception contemplative de l’œuvre citée puisqu’elle modifie le rôle d’observateur passif originel du spectateur face à l’œuvre de Manet, en lui attribuant , à travers l’installation de Rolland , la fonction beaucoup plus active d’acteur de la scène. Bien que l’œuvre sculpturale de Rolland fut amorcée en 1994, un projet vise à recréer un rapport de frontalité à celle-ci en intégrant un cadre  qui redonnerait au visiteur qui se positionnerait en face de celui-ci,  le rôle d’observateur[5]. L’intégration de ce nouvel élément serait-il néanmoins pertinent au propos de l’œuvre?


[1] RESTANY, Pierre. Alain Jacquet le déjeuner sur l’herbe : 1964-1989 : 25e anniversaire. Paris : La Différence, 1989, 45 p.

[2] L’art public à Montréal : la collection municipale. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,1154687&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=243 (visité le 13 octobre 2009)

[3] DUBÉ, Sandra et BROUSSEAU, Simon. Adaptation transmédiatique : une esthétique de la reprise. http://www.labo-nt2.uqam.ca/recherches/dossier/adaptation-transmédiatique ( visité le 11 ocotbre 2009)

[4] L’art public à Montréal : la collection municipale. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,1154687&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=243 (visité le 13 octobre 2009)

[5] L’art public à Montréal : la collection municipale. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,1154687&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=243 (visité le 13 octobre 2009)

 

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2 commentaires»

  pratiquesactuelles wrote @

Je crois que l’ajout d’un nouvel élément serait très pertinent, très amusant aussi. L’oeuvre qui est toujours différente, dépendament des spectateurs qui en font partie, commencerait une nouvelle vie, recommençant son rapport à l’environnement avec son nouvel élément. Il pourrait être très subtil, et référer à une oeuvre contemporaine, ce qui la placerait presque au statut muséal en soit, tant elle pourrait intégrer de citations de l’histoire de l’art!

Élise Provencher

  pratiquesactuelles wrote @

Cette oeuvre est un tres bon example de comme une oeuvre de citation peut comporter aussi une transmédiation. Dominique Rolland donne un sens nouveau à « Le déjeuner sur l’herbe » avec les nouveaux éléments qu’elle rajout. Est une oeuvre ou le spectateur est un acteur participant à un pique nique et non plus le regardeur du pique nique du tableau de Manet. La reception de l’oeuvre est différente, elle n’est plus frontale mais participative.

Ivan Mateus


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