L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

L’attente de Guillaume Lachapelle par Élise Provencher

 

L'attente de Guillaume Lachapelle par Élise Provencher

L’oeuvre d’art public choisie occupe une partie du défunt parc Belmont, ancienne attraction majeure,maintenant presque mythique, qui fit rayonner la ville de Montréal des années 1922 à 1982. Intitulée L’attente, elle fut réalisée par le jeune artiste montréalais Guillaume Lachapelle en 2008, l’année du 25e anniversaire de la mort du parc d’attraction. Elle fut proposée dans le cadre d’un concours lancé par le SDCQMVDE (Service du développement culturel, de la qualité du milieu de vie et de la diversité ethnoculturelle) pour commémorer le parc Belmont mais aussi pour souligner le 100e anniversaire de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

Les matériaux sont tous assez traditionnels dans l’art en sculpture et correspondent aussi très fidèlement à la réalité matérielle des objets qu’on retrouve dans les parcs d’attraction. Le bronze, l’aluminium, le métal et le béton sont des matériaux froids, durs et résistants, idéaux pour une sculpture destinée à une certaine pérennité dans un lieu extérieur. La froideur des matériaux est aussi doublement ressentie puisqu’ils représentent un objet (le manège) qui devrait normalement être en mouvement, éclairé, occupé, sonore; presque vivant. Alors que L’attente nous rappelle davantage une carcasse métalique immobile et silencieuse, une photo antique en trois dimensions, et en noir et blanc aussi. La sensibilité visuelle et tactile sont interpelées. L’oeuvre à la forme essentielle d’un grand prisme rectangulaire. Au centre de la base carrée se trouve une voiturette d’auto tamponneuse, ou un wagon qui serait assez grand pour contenir quelqu’un mais dont le fond n’est pas creux, ce qui nous bloque l’accès. Aux arrêtes du sommet se dressent des structures de montagnes russes sur lesquelles glissent des petits bâtiments à logement en bronze. L’attente a comme support un petit espace vert d’environ trois kilomètres carrés, au bord de la Rivière des Prairies puis du pont Lachapelle, et entourés par de nouveaux condos modernes; l’ancien lieu exact où se déployait le Parc Belmont pendant une grande partie du XXe siècle à Montréal. Comment L’attente rend hommage à l’ancien parc Belmont?

Les langages présents dans l’oeuvre sont ceux de l’architecture, des structures construites pour l’homme; de la miniature en sculpture (les immeubles en bronze) et du jeu comme espace restreint dans un espace naturel destiné à poser des actions relevant de l’imaginaire, et non de l’utilitaire. Comme on peut occuper la sculpture sans y ‘‘faire’’ quoi que ce soit, elle est comme le concentré d’une aire de jeu qui n’existe plus, comme une trace inutile qui prend la forme d’une structure invitante mais restreinte au niveau du vrai jeu physique. On pourrait dire que cette représentation de l’aire de jeu dans l’espace même où l’idée de l’aire de jeu est évoquée au premier plan par une volonté de souvenir collectif agit comme une mise en abîme. L’espace vert appelé parc Belmont demeure une aire de jeu, un espace récréatif, et la sculpture illustre métaphoriquement le parc récréatif tel qu’il était dans le passé.

La sculpture, reproduisant dans son imagerie des objets et figures du parc d’attraction et pouvant contenir quelques visiteurs à la fois est aussi une simulation. Elle simule l’auto tamponneuse et l’aire de jeu d’une fête foraine. Toutefois, l’artiste a joué sur l’échelle des objets, rendant la scène un peu plus abstraite. Les rails de montagnes russes sont évoquées en miniature, ainsi que le bâtiments qui y glissent. L’auto, presque grandeur nature, est emprisonnée dans un espace simulant l’aire de jeu mais sa taille est réduite.

Beaucoup d’ambiguité peut se dégager lorsqu’on regarde cette oeuvre. Notamment l’aspect ‘‘cage’’ de la structure entière qui nous enferme. Le wagon ainsi représenté provoque la tristesse, ce qui convient au côté nostalgique de l’oeuvre, mais contredit les émotions normalement associées à une journée au parc d’attraction. On dirait que la mise en scène du wagon, avec les bâtiments en bronze qui tournent en rond comme aliénés, apportent à l’oeuvre un côté critique: c’est dommage d’avoir dû emprisonner ce souvenir pour le remplacer par des intérêts commerciaux immobiliers, municipaux, lucratifs et qui ne profiteront qu’à un petit groupe de privilégiés. L’oeuvre est somme toute aussi triste que le lieu où elle se trouve, et malheureusement ne participera probablement pas à augmenter son dynamisme… Cependant, rendre hommage est important et sa simple présence réussit cette mission.Le côté nostalgique et triste de l’oeuvre répond bien au déclin de Cartierville, autrefois quartier prospère, maintenant l’un des plus pauvres de Montréal. Sûrement est-ce lié justement à la disparition du parc Belmont.

Après avoir posé ces hypothèses avec l’exemple de L’attente, est-ce qu’on peut penser qu’une oeuvre d’art public porte en elle même l’histoire du lieu où elle se trouve de façon automatique? Autrement dit, est-ce que toute oeuvre d’art public est un travail    in-situ?

 

Bibliographie

Site de la ville de Montréal: http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,48895590&_dad=portal&_schema=PORTAL

visité le 8 octobre

Loubier, Patrice : Embuscades et raccourcis. Formes de l’indécidable dans l’art d’intervention contemporain, L’indécidable – écarts et déplacements de l’art actuel, Montréal, 2008.

-Site de Yves Gaudreau sur le parc Belmont: http://pages.infinit.net/gautreau/belmont.html

visité le 8 octobre

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