L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

Lumière et mouvement dans la couleur par Charles-Antoine Blais Métivier

Siège social d'Hydro-Québec, Blv René-Lévesque

photo par Charles-Antoine Blais Métivier

Grande gagnante de l’appel du un pourcent lancé par Hydro-Québec dans le cadre de l’inauguration de leur nouveau siège social, la proposition de Jean-Paul Mousseau fut retenue pour le lien intrinsèque qu’elle entretenait avec la vocation de l’entreprise d’état.

Sur une longueur de près de vingt-trois mètres, une fresque de résine cache un complexe circuit de 1 280 mètres de néons multicolores qui alternent leurs intensités afin de créer, à chaque fois, une nouvelle combinaison de couleurs.   On raconte que le nombre de combinaisons est si grand qu’il faudrait 150 000 ans avant de les épuiser.  Vingt ans après son inauguration, le système électrique fait défaut et la murale s’éteint.  Il faudra attendre jusqu’en 2002 avant qu’une équipe s’attarde à la remettre en état en remplaçant les circuits électroniques au cœur de l’œuvre.

Structure complexe, l’œuvre nécessite une équipe de techniciens pour veiller au bon fonctionnement de cette sculpture au caractère interdisciplinaire très présent. De ce fait, en abordant l’étape de la création de l’œuvre, de sa diffusion, ainsi que de la sa réception, nous verrons comment l’interdisciplinarité présente dans l’œuvre contribue à brouiller la paternité de Lumière et mouvement dans la couleur de Jean-Paul Mousseau.

Sans aucun doute l’attrait le plus marquant de l’œuvre, les combinaisons de couleurs quasi infinies sont permises par un système complexe de néons qui sont eux-mêmes contrôlés par un ordinateur, lequel répond à un simple algorithme mathématique.  Ce système nerveux laborieux, en particulier pour l’époque, dépasse la compréhension et les connaissances d’un seul homme. L’œuvre ne peut donc pas être à l’origine de l’artiste seulement.  Par son ambitieux projet et peut-être en toute connaissance de cause,  Mousseau venait d’aborder l’épineuse question de la paternité de son œuvre en s’entourant d’une impressionnante équipe de techniciens diversifiés.  L’œuvre empreinte de ce travail d’équipe et de différentes disciplines techniques, il ne reste qu’à l’artiste, le concept de cet impressionnant accomplissement.

La diffusion d’une œuvre aussi grandiose ne se fait pas sans contrainte, en particulier lorsque cette dernière est alimentée par l’électricité.  Prônant la transcendance de l’être humain par le spectre de ses multiples combinaisons de couleurs, qu’arrive-t-il lors des pannes de courant?  L’œuvre est-elle toujours Oeuvre lorsqu’éteinte?  À son réveil, la murale récupère-t-elle son algorithme là où elle l’avait laissée ou est-elle contrainte à reprendre le travail depuis le début?

Ces questions anodines lancées à la volée,  suffisent à ébranler les fondements de l’œuvre ainsi que son dessein.  Par l’intégration de la lumière dans son œuvre, Mousseau relègue ainsi la transcendance de sa pièce à une entité impalpable.

Si Lumière et mouvement dans la couleur avait ébloui ses spectateurs lors de son inauguration en 1962, on ne peut en dire de même aujourd’hui.  Certes, l’œuvre a gardé ses lettres de noblesses et présente toujours la ferveur et l’avant-gardisme de son créateur.  Or, avec l’évolution des médiums publicitaires qui se ne cessent de se réinventer, le facteur obnubilant de la murale ne parvient plus à captiver ses spectateurs avec autant d’efficacité.  Cette faute qui n’est pas attribuable à l’œuvre, découle de sa multidisciplinarité qui attribue à la pièce un caractère décoratif anodin, ainsi,l’œuvre pourrait passer inaperçue aux yeux d’un spectateur mal informé.

Si on peut douter que les questions évoquées ci-dessus étaient au cœur des préoccupations de l’artiste lors de  la création de son œuvre, on ne peut nier que le facteur multidisciplinaire de Lumière et mouvement dans la couleur en brouille sa paternité.  Par la multidisciplinarité de son œuvre, Jean-Paul Mousseau alimente un discours vieux de plusieurs siècles.

Reste à savoir si l’œuvre pourra compléter l’énorme algorithme qu’elle a entamé et si une mort éventuelle pourrait concorder avec le discours original de l’artiste.

Publicités

Un commentaire»

  pratiquesactuelles wrote @

Il est interessant d’avoir soulevé que l’oeuvre est dépendante de l’électricité. En effet, il s’agit d’un lien subtile mais efficace avec le lieu dans lequel elle s’insère, soit le siège social d’Hydro-Québec.Cette dépendance est pertinente et enrichit le sens de l’oeuvre tout en soulevant plusieurs questionnements. »Lumière et mouvement dans la couleur » incarne une interprétation artistique d’un produit purement fonctionnel. En ce sens, je pense que l’oeuvre s’intègre bien dans le lieu pour lequel elle a été conçue.

Myriam Moreau


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :