L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

 » La montagne des jours  » de Gilbert Boyer par Stéphanie Laurin

Gilbert Boyer, La montagne des jours, 1991, granit, parc du Mont Royal (photographie de Stéphanie Laurin)

Gilbert Boyer, artiste montréalais reconnu pour ses installations d’art public, a réalisé dans le cadre des Cent Jours d’Art Contemporain en 1991, une œuvre à l’intérieur des sentiers du Mont Royal. Cette sculpture, intitulée « La montagne des jours » se compose de cinq disques de granit de 1,70 m chacun, disposés sur le sol de la montagne, à cinq emplacements différents. (voir figure 3 en annexe) Sur chacun de ces disques sont gravés des phrases complètes et fragments. Ceux-ci sont disposés de façon circulaire. Ainsi, écriture et sculpture se mêlent pour former une œuvre interdisciplinaire. À ce sujet, il est intéressant de formuler la problématique suivante : En quoi l’utilisation du texte dans l’œuvre « La montagne des jours » de Gilbert Boyer contribue-t-elle à la mémoire collective du lieu ou elle se trouve ? Cette question sera traitée selon les trois aspects de la création, de la diffusion et de la réception de l’œuvre.

Tout d’abord, il est important de noter que Gilbert Boyer a créé « La montagne des jours » en s’inspirant directement du Mont Royal. En effet, l’artiste s’est baladé dans la montagne, puis y a récolté dans divers lieux, des bribes de conversations provenant de marcheurs inconnus. Il a donc sélectionné des fragments de paroles entendues, se les est appropriés, puis y a juxtaposé ses propres réflexions pour en faire une œuvre. Ce processus d’appropriation rappelle celui du glanage. Gilbert Boyer a récolté des paroles volatiles, qui autrement s’effacent avec le temps. Ces paroles éphémères témoignent de la vie, du quotidien et de l’intimité des promeneurs du Mont Royal.

 En gravant ainsi des fragments de conversations dans le granit, Gilbert Boyer a créé une œuvre durable, intemporelle. Ces disques de granit deviennent alors des monuments, figeant les paroles oubliées dans leur lieu d’émission, le Mont Royal. Cette montagne est reconnue comme lieu de nature et de détente, au centre d’une ville active, pour les solitaires, couples et familles. En plaçant ainsi, à des endroits différents, les cinq disques de La montagne des jours, l’artiste inscrit une trace multiple, susceptible d’être découverte à plusieurs reprises par un grand nombre de visiteurs.

Par sa textualité, «  La montagne des jours » interpelle le marcheur à la lecture. Ainsi, l’individu est amené à reconstituer le sens des fragments de phrases gravés sur chacun des disques. Ces bribes de conversations renvoient aux perceptions personnelles de l’intime et du quotidien. Ainsi, le lecteur se rappelle de paroles déjà entendues ou vécues, mots faisant référence à sa propre identité. L’œuvre témoigne d’une histoire sociale oubliée et de la réalité quotidienne des individus qui ont aussi sillonné la montagne.

En résumé, c’est par le glanage de paroles de promeneurs gravés dans cinq disques de granit, un matériau durable, que Gilbert Boyer a constitué son œuvre « La montagne des jours ». Cette œuvre interpelle l’individu et le place au centre du sujet, en ravivant la mémoire collective du quotidien. En fixant à jamais les paroles perdues, l’artiste rend hommage de façon poétique et subtile à l’intime et au quotidien de la vie de tous et chacun, démontrant ainsi à l’individu que son existence compte dans l’histoire. D’un autre côté, il serait intéressant de voir si l’appropriation de paroles de la vie privée d’inconnus, serait susceptible de causer des problèmes par rapport aux enjeux éthiques d’aujourd’hui.

Cummins, Louis, Gosselin, Claude,  Hanna David B. Gilbert Boyer,  La montagne des jours, Montréal, CIAC / Centre international d’art contemporain de Montréal, 1992.

Verna, Gaétane. (Collaboration) Beyond words, Au-delà des mots, Art Gallery of Bishop’s university, Lennoxville & Mount Saint Vincent University Art Gallery, Halifax, 2004.

 Debat, Michelle. « Gilbert Boyer Le Langage de l’art : pour une langue en migration » Parachute, Numéro 120, Montréal, 2005, pages 73 à 89.

  L’art public à Montréal http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,1154690&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=342 (visité le 12 octobre 2009)

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3 commentaires»

  gilbert boyer wrote @

Bonjour Stéphanie,

je suis tombé par hasard sur ton blog et sur cet article sur La montagne des jours. Comme je ne fais que passer rapidement, j’ai lu dans la dernière ligne ta question sur les jeux d’éthiques. Je te rassure. Les textes sont tous de ma composition. Je me suis par contre inspiré du ton, de la texture, des types de propos entendus sur la montagne. Il ne s’agit pas de copié-collé. Mais si ça donne cet effet, je n’ai pas trop mal réussi. Je lirai le reste plus tard. Bonne photo.

  Maude Godbout wrote @

Je pense que c’est très intéressant que tu aborde la question du glanage dans ton analyse de cette oeuvre de Gilbert Boyer. Agnès Varda dans son documentaire « Les glaneurs et la glaneuses » traitait surtout de ceux qui glanent dans les champs, qui récupère la nourriture dans les poubelles. Ici, l’artiste a récupéré des bribes de conversations entendues dans le parc et s’en est servi pour « nourrir » son oeuvre, pour l’alimenter. C’est un autre type de glanage. Comme quoi n’importe quoi, n’importe quelle matière première peut être à la base d’un projet artistique.

Maude Godbout

  Steve Berthiaume wrote @

Je trouve intéressant le dispositif des différents disques parsemés sur le Mont-Royal. Au lieu d’avoir un objet érigé du sol vers le ciel, notre lecture doit se faire en sens inverse, soit vers le sol. De plus, il faut s’approcher afin de pouvoir lire ce qui est écrit. Si les disques contiennent des brides de conversations diverses et décousues, le fait d’avoir de la végétation, des branches ou des feuilles, des cailloux qui peuvent venir recouvrir les disques viennent interférer, à un autre niveau, sur le brouillage de la lecture du texte. Très bien pensé!


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