L'art public : études de cas

Le blog des étudiants du cours FAM4500 (UQAM)

ESPACE VERT de Roberto Pellegrinuzzi par Carolyne Scenna

Les programmes d’art public entreprennent d’intégrer de plus en plus la photographie dans le paysage urbain. D’ambitieux projets comme celui de Nicolas Baier qui couvre une vaste partie de la façade du pavillon d’arts et sciences de l’Université Concordia existent au moyen du programme du 1%. Dans la collection d’art public de la Ville de Montréal, une seule œuvre photographique apparaît dans leur index rassemblant plus de 300 œuvres : Espace vert (2006) de Roberto Pellegrinuzzi, située à l’entrée du centre intergénérationnel d’Outremont (999, av. McEachran). Il s’agit d’un boitier lumineux d’aluminium d’environ 4 m par 2 m, dont l’éclairage est programmé et  visible recto-verso. À l’intérieur du boîtier, deux images sont superposées, l’une représente une forêt et l’autre de jeunes pousses florales. Elles créent ensemble un effet de fondu enchainé entre les plans. Si la Ville de Montréal n’a pas montré une réelle volonté à inscrire la photographie dans sa collection avant la mise en place d’Espace vert en 2006, c’est parce que la matérialité fragile de la photographie apparaissait incompatible à l’intégration publique extérieure. Or, de quelle manière l’œuvre de Pellegrinuzzi est-elle parvenue à sortir de cette préconception pour prendre la place qu’elle occupe aujourd’hui dans la collection de la Ville de Montréal? Nous étudierons la question sous les aspects de la diffusion et de la réception de l’œuvre.

La proposition de Pellegrinuzzi a été  retenue par le jury de sélection du concours sur invitation à l’intention des artistes professionnels en arts visuels dans le but de doter le parc Pierre-Elliot-Trudeau d’une œuvre d’art public, située dans l’environnement immédiat du Centre communautaire intergénérationnel d’Outremont. Le lieu en question est voué aux activités sportives, communautaires et culturelles de l’arrondissement : « L’établissement se veut un carrefour de rencontre des générations et d’horizons culturels distincts tout en favorisant l’interaction entre les différentes fonctions du lieu. »[1]

L’œuvre faisant partie intégrante de l’architecture, sa conservation n’incombe pas autant au propriétaire que s’il s’agissait d’une œuvre photographique imprimée sur papier. En effet les images sont imprimées sur verre, ce qui rend l’œuvre d’autant plus durable. L’entretien est le même que pour celui d’un panneau d’affichage publicitaire ou d’une vitrine de montre. Une attention supplémentaire, – à l’inverse, par exemple, d’une sculpture -, doit probablement être apportée pour veiller à ce que l’éclairage programmé perdure.

Selon Suzanne Paquet dans un numéro de la revue Ciel Variable consacré à la photographie dans l’espace public, « la photographie est un média public, possiblement le plus public de tous, le modèle et la source de tous les moyens de communication de masse »[2] Ici, avec la mise en place permanente d’une photographie d’art dans la ville déjà saturée d’images photographiques de toutes sortes, il s’agit de cohabitation et de vocation sociale. Il y a dans Espace vert l’expression du passage du temps rappelant de toute évidence la vocation de l’établissement l’intégrant, soit la rencontre des générations. Pellegrinuzzi fait le lien entre la nature et la fonction l’établissement, il crée une métaphore de la nature en devenir (la pousse) et la nature assumée (la forêt). La boîte lumineuse en forme d’écran fait surgir au cœur d’un espace bétonné un espace virtuel de nature, un « espace vert », et fait ainsi le pont entre l’environnement urbain et le parc avoisinant. De plus, l’image change de couleur au gré du temps et des saisons, comme un tableau animé, et interagit avec la profondeur de champ, la transparence et notre propre mouvement, modifiant continuellement notre vision. Dans cette perspective, l’œuvre et le lieu s’échangent une vision de mouvance, d’un monde fourmillant et varié, en perpétuel changement. La vocation sociale de l’image photographique possède cette force de « se démarquer comme une forme d’art qui peut tenir compte de ce contexte particulier. »[3]

De toutes les disciplines, la photographie est l’une des seules qui entretient un rapport aussi privilégié au réel. Le public reconnait les éléments de l’œuvre a priori de la connaissance de la démarche artistique qu’elle suggère. De plus, Espace vert de Roberto Pellegrinuzzi nous confirme que les œuvres photographiques dans l’espace public extérieur se sont affranchies de leur réputation de précarité. Avec la technologie et la diversité disciplinaire le permettant, la photographie s’assure une place incontestablement progressive dans les programmes d’art public.


[1] Mona Hakim (dans le dépliant explicatif)

[2] Paquet, Suzanne, « La ville, d’ores et déjà photographique… », CV art photo médias culture, n°82,

Canada, trimestre été 2009, p.38

[3] Bouchard, Stéphane, « La photographie : trop fragile pour le patrimoine? », CV art photo médias culture,

n°82, Canada, trimestre été 2009, p.55

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2 commentaires»

  pratiquesactuelles wrote @

Je considère que l’intégration – bien que lente – de la photographie dans les oeuvres d’art publiques est une façon vraiment intéressante de capter l’attention des gens ; alors que la plupart des oeuvres publiques sculpturales offrent peu de variétés dans le choix des matériaux et finissent par offrir des expériences similaires, la photographie amène un potentiel incroyable. En utilisant un médium sur-utilisé dans l’espace public en détournant l’intention et en se dégageant des codes associés à la publicité, il y a moyen de créer des oeuvres pertinentes et stimulantes, comme c’est le cas avec l’oeuvre de Pellegrinuzzi. Le seul aspect négatif, c’est qu’elle est très loin des grands centres de la ville.

  pratiquesactuelles wrote @

Je considère que l’intégration – bien que lente – de la photographie dans les oeuvres d’art publiques est une façon vraiment intéressante de capter l’attention des gens ; alors que la plupart des oeuvres publiques sculpturales offrent peu de variétés dans le choix des matériaux et finissent par offrir des expériences similaires, la photographie amène un potentiel incroyable. En utilisant un médium sur-utilisé dans l’espace public en détournant l’intention et en se dégageant des codes associés à la publicité, il y a moyen de créer des oeuvres pertinentes et stimulantes, comme c’est le cas avec l’oeuvre de Pellegrinuzzi. Le seul aspect négatif, c’est qu’elle est très loin des grands centres de la ville.

Emilie Fortier


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